Gilles Milo-Vacéri – Yem (réécrit) – Tome 1

2016-02-22_18.45.09.jpgEditions VFB
Format numérique

Yem était étudiante en tourisme à Addis-Abeba, avant la Terreur rouge de la fin des années 70. Son père, intellectuel menacé, a fui la capitale et ils vivent maintenant dans un petit village, à cultiver la terre. Yem a eu la chance d’être élevée par un homme moderne, refusant l’excision traditionnelle pour ses deux filles.

Menacée de « rentrer dans le rang » après le mariage (excision et un enfant par an pour lui ôter toute autre pensée de la tête),Yem ne voit aucune issue dans sa situation actuelle, d’autant que son rêve est de pouvoir utiliser ses connaissances en langues et ses études, en dirigeant, par exemple, un hôtel.

Devant ces difficultés, Yem est obligée de quitter les siens et décide de partir vers Djibouti, seule, à pied, au péril de sa vie, mais avec la bénédiction de sa famille, même si personne ne se fait d’illusion quant à la manière pour une femme d’y gagner sa vie.

Mais le rêve de Yem va la porter. Et malgré les dangers et périls qui la suivront tout au long du chemin, elle fera aussi de belles rencontres.

J’ai lu Yem il y a quelque temps, sous sa première mouture. L’auteur m’a demandé si j’accepterais de refaire ma chronique, en tenant compte de son travail de réécriture, destiné, si j’ai bien compris, à une publication papier. 

Je n’ai pas hésité une seconde. Cette histoire visiblement vraie (puisqu’il s’agit d’une rencontre de l’auteur lui-même), d’une vraie héroïne de notre temps (ou presque), se lit d’une traite. 

On souffre avec Yem, on espère avec elle, on la suit tout au long de son périlleux chemin, qui la mènera, on ne peut que l’espérer à la fin de ce premier tome, vers la liberté que connaissent peu de femmes éthiopiennes en ces temps troublés. 

Maxime Chattam – La Promesse des Ténèbres

screenshot_2016-01-31-08-50-46-1.pngEditions Albin Michel
432 pages
lu au format numérique

Brady et Annabel O’Donnel, respectivement journaliste et flic de New York, sont installés dans le train-train quotidien des couples qui durent. Leurs boulots leur prennent beaucoup de temps. 

Brady vient de boucler son dernier reportage et souffre du syndrôme de la page blanche, ne trouvant pas d’idée originale pour un prochain reportage, lassé des thèmes « habituels ».

C’est alors que Pierre, son ami de toujours, lui propose de rencontrer Ruby, actrice porno « underground » qui, selon lui, pourrait l’orienter vers un sujet intéressant.

Brady consulte le site internet de Ruby avant la rencontre et ce qu’il y découvre va bien au-delà de ce qu’il aurait pu imaginer.

Son rendez-vous avec Ruby va l’entraîner vers les ténèbres les plus profondes de ce monde.

Ce roman nous promet de découvrir ce qui est arrivé à Brady, époux disparu d’Annabel O’Donnel, qu’on a rencontrée dans In Tenebris et revue dans Maléfices (que j’ai visiblement oublié de chroniquer…).

Et on le découvre effectivement, en s’enfonçant encore plus dans la noirceur dont on pensait pourtant avoir atteint les sommets dans la Trilogie du Mal.

Au point que, personnellement, je n’ai pu le lire d’une traite, mais que j’y revenais régulièrement, intriguée et souhaitant coûte que coûte connaître le fin mot de l’histoire, d’autant qu’on sait très bien que Brady finit par disparaître de la vie d’Annabel… et quelle fin! On ne s’y attend absolument pas…

Si vous aimez Chattam, ouvrez-le! absolument!

Et, de nouveau sur le fil, avec ses 432 pages, ce roman me permet de participer, pour janvier, au Challenge de Bianca:

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Les gens heureux lisent et boivent du café

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Éditions Michel Lafon
208 pages
Lu au format numérique

Un an que l’accident qui lui a tout pris, son mari, sa fille de 5 ans, donc sa vie, a eu lieu.

« Ils étaient partis en chahutant dans l’escalier. […] J’avais appris qu’ils faisaient encore les pitres dans la voiture, au moment où le camion les avait percutés. Je m’étais dit qu’ils étaient morts en riant. Je m’étais dit que j’aurais voulu être avec eux. »

Un an que Diane passe de son canapé, avec le vieux sweat de Colin, à son lit, avec le doudou de Clara. Un an qu’elle n’accepte comme contact avec l’extérieur que son meilleur ami Félix, avec qui, dans une autre vie, elle avait ouvert son café littéraire Les Gens heureux lisent et boivent du café. Un an qu’elle n’y a plus mis les pieds.

Et Félix tente par tous les moyens de la sortir de son appartement. Il tient le café seul, mais n’est pas un grand bosseur, il fait le ménage chez Diane, lui apporte à manger. Et maintenant, il veut la forcer à partir en vacances avec lui.

Pas question pour Diane de vacances de débauché comme en prévoit Félix. Elle organise donc son départ seule, en Irlande, au milieu de nulle part, pour s’isoler encore plus et n’avoir vraiment de comptes à rendre à personne. Va-t-elle y retrouver un semblant de sérénité, voire reprendre goût à la vie?

Diane nous narre son histoire. En tant que maman et épouse, on ne peut qu’imaginer sa détresse. Elle nous confirme ce qu’on sent confusément. Comment peut-on reprendre une vie normale après un tel drame? Au bout de combien de temps la douleur devient-elle moins vive?

Un récit attachant, simple, agréable à lire dont on ne fait qu’une bouchée. 

Frédéric Devaux – Un pas, puis d’autres vers Compostelle

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Editions Vérone, 2015
Reçu en Service de Presse

Frédéric Devaux, 40 ans, père de trois enfants, nous livre ici le journal de ses deux mois de pèlerinage vers Compostelle.

Parti de Vézelay, il décrit ses étapes, ses difficultés, ses rencontres, ses états d’âmes, son admiration face à certains pèlerins, mais aussi son rejet face à la marchandisation qui entoure certaines étapes, dont la dernière, censée représenter un aboutissement.

C’est un véritable journal intime qui nous est proposé là.

Je reste personnellement un peu sur ma faim. Hormis quelques réflexions plus personnelles – les passages qui m’ont le plus intéressée ont été les quelques étapes où il était accompagné de ses enfants et les relations engagées (même si je trouve que c’était parfois trop succinct) -, je reste sur l’impression d’un récit d’exploit physique, obtenu grâce à une préparation optimale, de matériel performant, notamment.

Je trouve le narrateur/auteur un peu trop enclin au jugement face à ceux qui ne vivent pas le pèlerinage de la même manière que lui, ce qui, d’un côté, prouve qu’on est dans le récit intime: il ne se cache pas derrière une langue de bois destinée à ménager la chèvre et le chou. Mais il finit par terminer le récit en disant lui-même qu’il y a autant de formes de pèlerinage que de pèlerins. Et c’est cette conclusion que j’ai préféré garder en mémoire de ce récit que j’ai tout de même lu de bout en bout, ce qui prouve que j’y ai, malgré tout, trouvé un certain intérêt, ne fût-ce qu’au regard du chemin parcouru.

Philippe Claudel – Les Âmes grises

wpid-20150805_155240.jpgLe Livre de poche
280 pages
Publié aux Editions Stock en 2003

1917. Une petite fille de 10 ans est retrouvée assassinée dans un village français. C’est le policier local qui nous relate les événement, des années plus tard. Il veut décharger sa conscience, pensant que l’enquête n’a pas été menée correctement. Quel est ce secret qu’il va nous révéler? Quelle preuve peut-il nous apporter de la culpabilité de celui qu’il juge coupable? Il tourne autour des faits, nous décrivant la vie de l’époque, les différents protagonistes, les événements qui ont précédé le crime et ceux qui l’ont suivi.

Comme après le Rapport de Brodeck, on sort de ce livre mal à l’aise. Philippe Claudel met le doigt sur les travers du genre humain et, si on se place dans le prisme du narrateur, on pourrait presque y trouver de quoi justifier ces travers. Et c’est probablement ça qui met mal à l’aise: lire le récit de faits dérangeants, avec des justifications qui pourraient tenir la route, si notre conscience ne nous dictait que, pourtant, malgré tous les arguments que peut nous présenter le narrateur, « c’est mal ». Malgré le malaise ressenti, ce livre est de ceux qui « ouvrent la conscience ». On ne peut s’en détacher avant d’en avoir lu la dernière page, qui fait tout re-basculer.

Un témoignage qui fait tout basculer

On ne peut refermer ce roman sans se poser de question sur ce destin, sur cet instant, cet événement qui peut tout faire changer. Que se serait-il passé si l’un ou l’autre des protagonistes avaient agi différemment? Comment aurais-je réagi à sa/leur place?

Emile Zola – L’Assommoir – la déchéance pré-programmée?

L'assommoir

Le Livre de Poche
534 pages

Gervaise a quitté sa région marseillaise et sa famille pour suivre Lantier à Paris. Ils ont deux enfants: Claude et Etienne, 8 et 4 ans. Lantier est un fainéant, profiteur et coureur qui finit par abandonner Gervaise et leurs enfants, emportant avec lui leurs maigres biens.

Heureusement, Gervaise est travailleuse, blanchisseuse de son état, et elle finit par épouser un voisin, Coupeau, ouvrier zingueur, travailleur lui aussi. Ils parviennent ainsi à être heureux, mettant même de l’argent de côté et engendrant une jolie petite Anna. Gervaise va même lancer sa propre affaire de blanchisserie.

C’est alors que Coupeau tombe d’un toit et est incapable de reprendre le travail. L’oisiveté mène ses pas vers l’Assommoir, le bar de la rue Poissonnière, et il entraîne alors Gervaise avec lui vers la misère, le vice et l’alcoolisme dont ils ne sortiront pas.

Quelle est la part de l’hérédité dans le malheur? Gervaise, héritière des Macquart, la branche bâtarde des Rougon-Macquart, visiblement vouée au déclin, dont la mère buvait un peu trop d’anisette, était-elle prédestinée à cette fin?

Est-ce par la destinée ou par excès de gentillesse qu’elle se laissera entraîner, d’abord par Lantier, ensuite par Coupeau, les hommes de sa vie qui finiront même par s’allier, sur le chemin de la misère?

Etienne Lantier dans Germinal, Anna Coupeau dans Nana, semblent confirmer la thèse du malheur héréditaire (d’après mes renseignements, on retrouve également Claude dans Le ventre de Paris, mais je ne l’ai pas lu).

Comme si, malgré les efforts, on ne pouvait échapper à sa destinée…

Ce n’est pas vraiment ma conception de la vie… ça n’empêche que L’Assommoir, que j’avais dû lire pour l’école, m’avait marquée à l’époque, et que sa relecture m’a semblé être le point de re-départ idéal pour le blog que j’avais laissé de côté depuis quelques semaines.

Pierre Thiry – Le mystère du Pont Gustave-Flaubert

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 312 pages
Editeur: BoD
ISBN 9782810623716
Parution: Décembre 2012

Résumé de l’auteur

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Cette fiction évoque quelques impressions sur des personnages réels : Gustave Flaubert, Giovanni Bottesini, Rouen, le pont Gustave Flaubert… Un grand écrivain, un compositeur de musique oublié, une ville normande, un pont levant peuvent-ils s’emmêler dans la même intrigue ? Giovanni Bottesini (1821-1889) et Gustave Flaubert (1821-1880) se sont-ils rencontrés ? Ce « roman », très imaginaire, où il est question : d’un vélo volé, d’un opéra disparu, du détective privé Jules Kostelos, d’une bibliothécaire (et danseuse) portant le nom de Salammbô, du chat noir Charles Hockolmess et d’un rassemblement de vieux gréements à Rouen en 2017, apportera-t-il une réponse ?

A mon tour de vous en parler

Jules Kostelos est détective privé. Il est passionné de Gustave Flaubert et amoureux de Salammbô, l’héroïne de son auteur fétiche, bien sûr, mais aussi de la bibliothécaire et danseuse homonyme, responsable de la Médiathèque Louise Colet, qui fait face au Pont Gustave-Flaubert de Rouen. C’est que Rouen en a connu des ponts…

Le prétexte d’une enquête sur le vol du vélo du Commissaire nous invite à pénétrer les pensées de Jules et de son chat, Charles Hockolmess, emplies de réflexions autour de l’histoire des ponts de Rouen (un peu), mais surtout d’éléments de biographies de Gustave Flaubert et de Giovanni Bottesini, compositeur contemporain. Le tout est ponctué de citations extraites des œuvres de l’auteur, mais pas que de lui, citations parfois intégrées au fil du récit. Ce livre est à recommander aux passionnés de littérature en général, de Flaubert en particulier.

J’ai été un peu perplexe au début de ma lecture, surtout par les citations intégrées au fil de la lecture, trouvant particulière cette manière de découvrir des écrits de Flaubert que je ne connaissais pas. Mais je pense que l’auteur a atteint son but final, puisque deux livres de Flaubert (« Salammbô » et « trois contes ») ont directement fait leur entrée dans ma PAL. Je ne peux donc que le remercier… aussi bien pour l’envoi du livre (et sa dédicace personnalisée) que pour ces découvertes enrichissantes culturellement.