Philippe Claudel – Les Âmes grises

wpid-20150805_155240.jpgLe Livre de poche
280 pages
Publié aux Editions Stock en 2003

1917. Une petite fille de 10 ans est retrouvée assassinée dans un village français. C’est le policier local qui nous relate les événement, des années plus tard. Il veut décharger sa conscience, pensant que l’enquête n’a pas été menée correctement. Quel est ce secret qu’il va nous révéler? Quelle preuve peut-il nous apporter de la culpabilité de celui qu’il juge coupable? Il tourne autour des faits, nous décrivant la vie de l’époque, les différents protagonistes, les événements qui ont précédé le crime et ceux qui l’ont suivi.

Comme après le Rapport de Brodeck, on sort de ce livre mal à l’aise. Philippe Claudel met le doigt sur les travers du genre humain et, si on se place dans le prisme du narrateur, on pourrait presque y trouver de quoi justifier ces travers. Et c’est probablement ça qui met mal à l’aise: lire le récit de faits dérangeants, avec des justifications qui pourraient tenir la route, si notre conscience ne nous dictait que, pourtant, malgré tous les arguments que peut nous présenter le narrateur, « c’est mal ». Malgré le malaise ressenti, ce livre est de ceux qui « ouvrent la conscience ». On ne peut s’en détacher avant d’en avoir lu la dernière page, qui fait tout re-basculer.

Un témoignage qui fait tout basculer

On ne peut refermer ce roman sans se poser de question sur ce destin, sur cet instant, cet événement qui peut tout faire changer. Que se serait-il passé si l’un ou l’autre des protagonistes avaient agi différemment? Comment aurais-je réagi à sa/leur place?

Philippe Claudel – Le rapport de Brodeck

le rapport de brodeck philippe claudel

Un collègue m’a conseillé ce livre, un matin. J’avais déjà lu La petite fille de Monsieur Linh, du même auteur. Le même jour, à midi, je pars faire un petit tour, passant devant un bouquiniste. Le livre était dans la vitrine. J’ai pensé que c’était un signe. Je suis entrée et je l’ai acheté.

Je l’ai ouvert ce matin, vers 7h, mon fils squattant mon ordinateur, et je l’ai refermé ce soir, vers 21h. Autant vous dire qu’aujourd’hui, j’ai vraiment fait le strict minimum, mais bon, c’est ça, les vacances, pour moi!

LE QUATRIÈME DE COUVERTURE

Je m’appelle Brodeck et je n’y suis pour rien. Je tiens à le dire. Il faut que tout le monde le sache. Moi je n’ai rien fait, et lorsque j’ai su ce qui venait de se passer, j’aurais aimé ne jamais en parler, ligoter ma mémoire, la tenir bien serrée dans ses liens de façon à ce qu’elle demeure tranquille comme une fouine dans une nasse de fer.

Mais les autres m’ont forcé: « Toi, tu sais écrire,  m’ont-ils dit, tu as fait des études. » J’ai répondu que c’étaient de toutes petites études, des études même pas terminées d’ailleurs, et qui ne m’ont pas laissé un grand souvenir. Ils n’ont rien voulu savoir: « Tu sais écrire, tu sais les mots, et comment on les utilise, et comment aussi ils peuvent dire les choses […]. »

Un petit village de montagne vivant en quasi-autarcie, à la frontière d’une nation conquérante. La guerre s’est terminée il y a à peine un an.

On est dans un monde inventé. Les noms, les situations sont fictifs, mais tout cela ressemble furieusement à la 2e guerre mondiale, sur fond d’occupation, de dénonciation, de déportation, de tortures, de sévices, d’avilissement qui ont été mis à jour par tant de récits de guerre. La guerre qui montre l’aspect le plus noir de chacun.

Le village a « oublié », occulté tous les événements, les actes peu glorieux de chacun. Mais les cicatrices sont encore à vif.

Un étranger arrive et toutes les plaies se mettent à suinter…

Je me suis sentie nauséeuse, par moments, comme cela m’est déjà arrivé en lisant des récits de camps de concentration, de voir à quel point l’être humain peut être monstrueux et sans empathie envers ses semblables.

Le livre pointe du doigt l’effet que peut avoir « le troupeau » sur l’individu: « Moi, je les ai vus les hommes à l’oeuvre, lorsqu’ils savent qu’ils peuvent se noyer, se dissoudre dans une masse qui les englobe et les dépasse, une masse faite de milliers de visages taillés à leur image. On peut toujours se dire que la faute incombe à celui qui les entraîne, les exhorte, les fait danser comme un orvet autour d’un bâton, et que les foules sont inconscientes de leurs gestes, de leur avenir, et de leur trajet. Cela est faux. La vérité c’est que la foule est elle-même un monstre. […]. »

Le genre de livre qui fait réfléchir…